Stablex : la mairesse de Blainville exige une rencontre d’urgence avec François Legault
La mairesse de Blainville demande à rencontrer d'urgence le premier ministre François Legault dans les 48 heures, craignant le « dangereux précédent » que créerait le projet de loi déposé par Québec pour permettre l’expansion du site d’enfouissement de l’entreprise américaine Stablex.
Il est temps que vous entendiez raison dans ce dossier
, écrit Liza Poulin dans une lettre au ton accusateur envoyée à François Legault lundi.
Elle souhaite le rencontrer pour évaluer les moyens de protéger la Grande Tourbière de Blainville, de protéger le principe d’autonomie municipale et d’éviter ce précédent légal dont les conséquences ne peuvent encore se mesurer
.
On a demandé une rencontre d'urgence pour bien comprendre pourquoi il [M. Legault] insiste tant à ce que l'entreprise puisse poursuivre ses activités sur le terrain qui appartient à la Ville, en plein cœur des tourbières.
Québec a déposé la semaine dernière un projet de loi spécial pour forcer Blainville à vendre un lopin de terre situé dans sa grande tourbière, un écosystème d’une haute valeur écologique. Le but : permettre à Stablex d’ouvrir une nouvelle cellule d’enfouissement de résidus dangereux inorganiques industriels qui lui permettra de stocker des matières jusqu'en 2067.
Ces matières et ces sols contaminés sont d'abord neutralisés industriellement et transformés en matières inertes par Stablex avant d'être enfouis dans des cellules souterraines étanches qui font office de sarcophage.
Ce projet de loi ne répond qu’à une chose : la volonté d’une entreprise américaine de mettre la main sur un territoire public au profit d’intérêts privés – et étrangers
, dénonce Mme Poulin dans sa lettre.

La mairesse de Blainville, Liza Poulin, réclame une rencontre dans les plus brefs délais avec le premier ministre François Legault à la suite du dépôt, jeudi, du projet de loi 93 qui force la Ville à vendre un terrain à l'entreprise Stablex.
Photo : Radio-Canada
D’autres entreprises, américaines ou domestiques, exigeront le même traitement privilégié de la part du gouvernement.
Il est clair que votre projet de loi constitue une attaque frontale au principe d’autonomie municipale
, qui établit que les municipalités sont responsables de l'aménagement de leur territoire, poursuit-elle. Vous rompez ainsi votre parole de préserver l’autonomie municipale, l’un des rares sujets qui fait consensus au sein de l’Assemblée nationale.
Pour justifier la nécessité de cette expansion, Stablex plaide que ses installations actuelles atteindront leur pleine capacité d’ici 2027. Leur site de Blainville est le seul endroit au Québec où on traite et enfouit des résidus dangereux inorganiques industriels en provenance du Québec, de l’Ontario et des États-Unis.

Stablex enfouit surtout les déchets d'entreprises métallurgiques, mais aussi d'entreprises pétrochimiques, pharmaceutiques et automobiles ainsi que de laboratoires. (Photo d'archives)
Photo : Google Earth
Au jour du dépôt du projet de loi jeudi dernier, la ministre des Ressources naturelles Maïté Blanchette-Vézina a justifié que le gouvernement devait agir rapidement pour éviter un bris de service
.
Or, Stablex possède déjà le terrain nécessaire pour continuer d'enfouir ces matières dangereuses, martèle la mairesse de Blainville.
Le terrain du gouvernement du Québec actuellement répond aux normes de la Loi sur la qualité de l'environnement, donc je ne verrais pas pourquoi l'entreprise ne pourrait pas poursuivre sur ce terrain-là plutôt que d'étendre ses activités en plein cœur des tourbières sans comprendre nécessairement l'impact environnemental qu'il peut y avoir à perpétuité sur ce milieu naturel
, a souligné la mairesse Poulin lundi sur ICI RDI.
Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait d'ailleurs recommandé en 2023 au gouvernement de ne pas autoriser Stablex à étendre ses activités sur ces terres, un avis dont Québec n'a pas tenu compte.
Son rapport évoquait la valeur écologique exceptionnelle de certains milieux naturels sensibles de l’emplacement du projet
, dans un corridor écologique permettant de connecter deux vastes complexes de milieux humides
.
La mairesse et tous les élus de Blainville, qui appuyaient auparavant le projet, avaient changé leur fusil d'épaule après avoir suivi les audiences.
Quand on lit les conclusions du BAPE, ils vont dans le même sens, [soit] que le milieu est beaucoup trop sensible pour recevoir ce genre d’activités et ils nomment également le fait que le déplacement de la dernière cellule d’opération ne représente aucun avantage en termes de réduction des nuisances
, a souligné la mairesse au micro d'ICI Première.
Stablex souhaite rétablir les faits
Pour Michel Perron, directeur général de Stablex, c'est une bonne chose que la mairesse Poulin demande cette rencontre avec le gouvernement pour rétablir les faits entourant le projet. D'avoir des rencontres, je pense que c'est la bonne façon d'avancer
, a expliqué M. Perron au micro d'ICI RDI.

Le complexe industriel de Stablex est établi à Blainville depuis 1983.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Malheureusement, Stablex est perçue par les gens comme une mauvaise entreprise parce qu'on fait partie d'un consortium américain. Cela dit, le fondement même de Stablex, c'est la protection de l'environnement
, a-t-il rappelé.
L’entreprise, aujourd'hui propriété de Republic Services, est détenue par des intérêts américains depuis 2010.
Dans un communiqué publié ce matin, Stablex a aussi défendu la sécurité de ses procédés ainsi que le choix du terrain pour agrandir son site d’enfouissement.
Notre procédé est sécuritaire et répond aux normes environnementales les plus strictes, dictées par le ministère de l’Environnement du Québec. C’est d’ailleurs le gouvernement du Québec qui a créé l’entreprise en 1981, afin de s’assurer de la disposition sécuritaire des matières dangereuses.
Le nouveau terrain, identifié d’abord en collaboration avec la Ville de Blainville, et maintenant sélectionné par le gouvernement du Québec, n’est pas un choix fait au hasard. Stablex a voulu éviter de s’établir sur le terrain choisi en 1996, puisque celui-ci avait été identifié avant la construction d’un nouveau développement résidentiel
, affirme-t-elle.
Les opposants au projet actuel omettent un élément fondamental : il n’y a pas d’alternative.
Selon Michel Perron, les autorités municipales ne semblent pas percevoir toute l'importance de ce projet pour les industries québécoises qui ne disposent que de ce complexe pour faire traiter leurs matières dangereuses de façon sécuritaire.
C'est certain que, pour les citoyens, ils ne voient pas beaucoup d'intérêt d'avoir une compagnie comme Stablex dans leur cour. Personne ne veut de dépotoir dans sa cour, personne ne veut des centres de traitement dans sa cour. La réaction des citoyens de Blainville est plutôt normale
, reconnaît-il.
Là où il y a peut-être un petit jeu qui est faussé, c'est le fait qu'on contamine l'environnement, le fait qu'on est dangereux… Toute cette désinformation-là fait en sorte que les gens ont raison de nous haïr en croyant que nous sommes des méchants. Ce qui n'est pas du tout le cas
, assure M. Perron.
Avec les informations de Karine Bastien
Advertising by Adpathway




